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Stéphane Berla, Rencontre avec un réalisateur de génie. Lauréat du Clip D'or 2009

Réalisateur de génie, issu de la publicité et du clip, il a réalisé « Tais-toi mon cœur » avec le groupe Dionysos, ou encore «Est-ce que c’est ça », le dernier clip de M, ces films particulièrement créatifs lui ont valu de nombreuses récompenses dont le prix d’Or du Festival International du Clip Musical en 2009. Il paraitrait même qu’il développerait un projet avec Luc Besson… Rencontre avec un créateur musical, rêveur et éclairé.


Dionysos et M sont des groupes de rock qui ont développé des univers surréalistes et déjantés. Quel est votre rapport avec cette musique ?

Ce sont des artistes qui se construisent, des univers décalés pour aborder certains sujets de manière métaphorique. Je me retrouve complètement dans cette démarche. La réalité en art ne m’intéresse pas plus que ça, en tout cas pas de manière frontale et j’aime les artistes qui prennent des risques en empruntant des voies parallèles tout en restant très ludiques. C’est d’ailleurs ce que j’admire le plus chez eux, cette capacité à être à la fois pointus et populaire. Adapter leurs chansons est un véritable bonheur car elles me permettent de partir assez loin dans l’imaginaire, domaine dans lequel je suis le plus à l’aise. Je suis incapable de traiter un sujet réaliste.

Vous utilisez souvent le thème de l’amour. Quelle est la place du cœur dans vos clips?

Je n’ai jamais fait attention à cela, ce sont probablement les chansons qui m’ont amenées sur ce terrain. En tout cas, si je dois faire un constat, les histoires d’amour dans mes clips sont souvent assez tragiques. Pourtant, cela fait 12 ans que je vis le grand amour. Peut-être une forme de catharsis.

Pourquoi réservez-vous toujours une fin tragiquement drôle à vos personnages ?

Alors je dois dire pour ma défense que je ne m’en suis rendu compte que très récemment et c’est donc complètement inconscient (pas sûr que ce soit plus rassurant). J’espère que les assassins de personnages de fictions ne seront jamais jugés car je me retrouverais alors dans une bien mauvaise posture.

Le fait d’éliminer mes personnages me permet peut-être d’aborder certaines questions existentielles qui m’ont toujours intéressées, particulièrement le lien complexe entre le créateur et sa créature. La seconde raison est un peu plus puérile, j’aime l’idée d’aborder des sujets difficiles voir subversifs de manière décalée à heure de grande écoute.

Pour l’anecdote, quand j’ai rencontré le directeur marketing de Barclay qui voulait me proposer d’écrire un projet pour -M-, il m’avait demandé un projet léger et ludique. Je lui avais promis en plaisantant de ne tuer cette fois aucun personnage dans le clip « Est-ce que c’est ça ». C’est en me relisant avant d’envoyer le projet que j’ai réalisé que j’en avais tué plus que d’habitude.


Vous travaillez actuellement sur l’adaptation grand écran de « La Mécanique du coeur » avec Luc Besson. Racontez-nous.

Avec les deux clips pour Dionysos, j’ai eu une relation privilégiée avec Mathias. Si Neige a été l’occasion de nous rapprocher et de nous découvrir des atomes artistiques crochus, « Tais-toi mon cœur » a été la confirmation que nous avions envie de prolonger l’aventure en allant au-delà du clip. Alors que nous fantasmions sur l’idée d’adapter son livre « La Mécanique du Cœur » en long-métrage. Mathias a rencontré Luc Besson lors de la promotion du disque sur le plateau du Grand Journal qui lui a proposé dans la foulée un rendez-vous. Tout s’est enchaîné ensuite assez rapidement, Mathias m’a rappelé pour me proposer de co-réaliser avec lui le film d’animation « La Mécanique du cœur » produit par Europa Corp qui sortira en 3D relief en 2012. Le film s’éloignera du clip mais gardera une esthétique sombre et poétique.

Tous vos films semblent aller vers l’anti-conformisme et l’audace… Avez-vous la sensation de faire parti d'une nouvelle génération de vidéastes ? Exemples (Michel Gondry, JP Jeunet)

Je n’ai clairement pas la prétention de me comparer à ces deux cinéastes que j’admire énormément. J’ai une affection toute particulière pour Michel Gondry qui a toujours considéré le clip comme un terrain d’expérimentation et qui a été parmi les premiers réalisateurs à démontrer qu’un clip pouvait (devait) être un film d’auteur. Je l’admire d’autant plus qu’il a réussi à réunir dans ses films les principaux ingrédients d’une œuvre d’art que j’estime parfaitement équilibrée : ses films sont à la fois profondément intelligents, esthétiques, et émouvants. Un bon film réuni généralement deux de ces qualités, mais les trois sont beaucoup plus rares.

Je partage peut-être avec lui ainsi que toute une génération de jeunes cinéastes l’envie de détourner ou mélanger différentes techniques afin d’ouvrir de nouvelles voies.

Quel est selon vous l’avenir du clip en France ?

L’industrie du disque est dans une situation très difficile et les budgets alloués à la promotion des artistes maigrissent de jours en jours. Du coup, nous nous retrouvons dans une situation complètement paradoxale où les artistes n’ont jamais eu autant besoin d’images sans que les maisons de disques puissent leur offrir. Le manque d’argent amenant malheureusement la peur de la prise de risque, la créativité des clips professionnels Français est décevante ces derniers temps.

Heureusement, nous avons une véritable culture du clip en France et Protoclip en est la représentation parfaite. C’est extrêmement motivant et rassurant de savoir qu’un tel festival existe en France où chaque année des petits bijoux y sont dénichés par votre équipe. Je ne sais pas comment le clip Français va évoluer, mais j’observe en tout cas que les milieux amateurs et alternatifs sont des plus actifs.

Que pensez-vous de la création audiovisuelle des pays nordiques ?

Difficile de généraliser, mais je suis un grand fan des clips de Sigur Ros, Bjork, Royksopp, les clips réalisés par Martin de Thurah ou encore le cinéaste Tomas Alfredson qui a réalisé le troublant Morse. Ces œuvres ont en commun un sens de l’esthétique et du mystère qui me touche particulièrement.


27/08/10


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